Des bonnes résolutions, tout le monde en fait. Surtout en cette faste période de fin d’année ! Leurs accomplissements tiennent à la vaste idée de volonté. Si elles ne sont pas de simples désirs momentanés, des montagnes, littéralement, peuvent être déplacées !

 

Pour commencer cette chronique, rien de plus concret que de prendre mon expérience personnelle et ma bonne résolution, proclamée depuis bien des années, d’arrêter de fumer. Pourquoi donc n’ai-je pas une volonté suffisamment forte pour mettre en pratique ce désir ?

 

Contraire aux lois morales de nos sociétés hygiénistes et contradictoire même envers le devoir de garantir ma santé, l’acte de fumer devrait donc s’effacer de mon comportement. Nous le savons depuis Emmanuel Kant, un des philosophes précurseurs des Lumières du XVIIIème siècle, la volonté est éthique au sens où elle est un devoir pour maintenir les lois morales garantes de l’unité de nos sociétés. Et pourtant, je ne le fais pas, je continue cet acte profondément immoral. Pourquoi ?

 

Le Pari

Le Pari

La réponse à cette lancinante question se trouve chez un auteur, bien éloigné de nous autres contemporains du XXIème siècle, Aristote. Pour le philosophe antique, la volonté est un « désir délibéré » c’est-à-dire un acte de raison pratique où l’action est associée au raisonnement. La volonté comporte deux dimensions, une vitale donnant l’impulsion pour agir et l’autre intellectuelle donnant les moyens pour parvenir à ses fins.

 

Dans la pensée d’Aristote, la volonté ne peut pas être séparée des « vertus » telles que la tempérance et le courage permettant aux pauvres humains de contrôler, de dominer leurs passions, leurs pulsions élémentaires. Si j’avais une psychothérapie avec Aristote, il me conseillerait de cultiver et de pratiquer patiemment ces vertus jusqu’à ce qu’elles deviennent comme une seconde nature pour ensuite être volontaire dans la bonne direction, agir avec raison.

 

Car, oui la volonté peut conduire les humains à l’erreur. Descartes cherche les causes des manquements à la vérité dans l’entendement raisonné des humains. Dans le raisonnement cartésien, la volonté est assimilée au jugement, c’est précisément elle qui permet aux hommes d’exprimer leurs réflexions et donc les conduit à la vérité ou à l’erreur.

Spinoza et Nietzsche : la liberté comme illusion

Spinoza et Nietzsche : la liberté comme illusion

 

Il ne faut pas oublier que la volonté ne peut se confondre avec le désir. Alors que la volonté est issue de son propre libre arbitre, le désir, lui, ne semble pas être vraiment choisi, il est subi. Ainsi, on peut aussi débattre de cette question de la liberté dans nos décisions, dans nos résolutions. Descartes pense la liberté de la volonté comme un principe premier alors que Spinoza considère que nos actes et notre volonté sont déterminés par les milieux dans lesquels nous vivons, tout comme Nietzsche pensant l’homme conditionné nécessairement par ses passions, ses pulsions biologiques.

 

D’après le philosophe rationaliste Alain, la volonté d’accomplir une action ne doit pas être un simple désir diffus car le « désir est paresseux ». Ainsi, on peut désirer arrêter de fumer, mais si on ne le veut pas vraiment, ce souhait restera au statut de vœu pieux. Pour que le désir se transforme en résolution, ici arrêter de fumer, il faut accepter les effets négatifs de la décision de l’arrêt, le manque, l’irritabilité…

 

Les bonnes résolutions sont donc, quand on les prend au sérieux, un véritable engagement !